Un tournant diplomatique majeur s’est opéré mardi 27 mai 2025 avec l’annonce officielle du soutien du Kenya au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental. Cette déclaration intervient à l’issue d’une réunion de haut niveau tenue à Rabat le lundi 26 mai 2025 entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères kényan, Musalia Mudavadi.
Nairobi s’aligne ainsi sur la position croissante de la communauté internationale en faveur de l’initiative marocaine portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qu’elle juge sérieuse et crédible. « La République du Kenya considère le plan d’autonomie présenté par le Royaume du Maroc comme la seule approche crédible et réaliste pour parvenir à une solution politique définitive à la question du Sahara », renseigne le communiqué conjoint signé entre le ministre marocain des Affaires étrangères et le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères kényan.
En effet, depuis septembre 2022, le rapprochement entre le Kenya et le Maroc s’est renforcé suite à un message publié par le président William Ruto de ne plus reconnaître la République arabe sahraouie démocratique bien que ce message ait été démenti deux heures plus tard par le ministre kényan des affaires étrangères. Dans un geste fort illustrant ce rapprochement entre Nairobi et Rabat, le Kenya a dans la foulée inauguré sa première ambassade dans la capitale marocaine. Par cette initiative, les deux pays marquent leur volonté d’ouvrir une nouvelle ère de coopération et de partenariat stratégique.
Sur le plan économique, la coopération maroco-kényane ouvre la voie à une interconnexion plus fluide des marchés, notamment via la forte activité du Groupe OCP, leader mondial des phosphates. Selon Africa Intelligence, tenu par ses promesses électorales, William Ruto souhaite accélérer l’implantation d’une usine du groupe dans son pays. Pour ce faire, Rabat a satisfait à toutes les exigences du président kényan. Celui-ci souhaitait notamment sécuriser l’implication d’un garant financier marocain majeur.
À cette fin, et selon l’entourage du président kényan, une étape décisive a été franchie avec l’attribution au premier trimestre par la Central Bank of Kenya (CBK) d’une licence à l’ Attijariwafa Bank, propriété de la holding royale. Pressentie pour financer les activités de ses compatriotes dans le pays, la banque a procédé à une démarche coûteuse : pour pouvoir opérer dans le pays dès 2026, l’établissement financier doit disposer d’un capital de base de 5 milliards de shillings (39 millions de dollars).
L’évolution de la position kényane sur ce sujet a été obtenue après les efforts de Groupe OCP, dont Musalia Mudavadi a rencontré le directeur général de la branche africaine, Mohamed Hettiti, lors de sa visite au royaume.
L’administration Ruto a d’ores et déjà réservé deux sites appartenant initialement à l’Agricultural Development Corp (ADC) pour y ériger deux usines d’engrais : la première dans son fief d’Eldoret, avec l’aide d’acteurs russes, et la seconde, qui devra être construite par Groupe OCP, à la frontière des comtés de Meru et d’Isiolo, dans le centre du Kenya. Sachant qu’il occupera des terres gouvernementales, le groupe marocain, qui dispose déjà d’une filiale dans le pays, devrait aussi finaliser un accord avec des investisseurs privés kényans, qui contrôleraient jusqu’à 30 % de la filiale locale, conformément à la loi kényane.
Groupe OCP est ainsi devenu le vaisseau amiral des ambitions économiques marocaines dans le pays. Après la rencontre entre Musalia Mudavadi et Chakib Alj, le patron de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), une délégation d’affaires marocaine est attendue à Nairobi au cours des prochains mois.
Alors que les échanges portaient sur les possibilités de partenariat entre les deux pays, la partie kényane a été encouragée à changer sa position sur le Sahara occidental pour accélérer ce rapprochement. Les investisseurs perçoivent le Kenya dont le principal port, Mombasa, doit comprendre un terminal à grains, un projet qui a été proposé aux Ukrainiens en 2023, comme un possible hub céréalier pour exporter leur production en Afrique de l’Est.
D’autres acteurs ont également manifesté leur intérêt pour l’industrie textile du pays, et pour obtenir des permissions et des dérogations dans l’importation de végétaux utilisés dans la parfumerie, un autre secteur dynamique dans le royaume.


