La succession et la légitimité coutumière à Agoué font l’objet d’une vive contestation au sein du département du Mono. À la suite d’un rassemblement tenu le samedi 27 juin 2026 visant à installer une régence et à amorcer le processus de désignation d’un nouveau chef supérieur, la Communauté nationale du peuple GUIN du Bénin (CNPG-Bénin) est montée au créneau. Par la voix de son président, Sa Majesté Clément Sossa Folly-Awon Danhouénou, Roi des GUIN du Bénin, la communauté a officiellement saisi trois membres du gouvernement par l’envoi de lettres ouvertes datées du 16 juillet 2026 : le Ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance Locale, le Ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, ainsi que le Ministre délégué chargé de l’Intérieur et de la Sécurité Publique.
Dans ses correspondances ministérielles comme dans son communiqué initial publié le 1er juillet 2026, la CNPG-Bénin exprime sa vive préoccupation et condamne ce qu’elle qualifie d’initiative isolée. Selon l’organisation, la démarche entreprise par le groupe identifié comme la famille Toyi ou les Adjigo est contraire aux règles coutumières de la cité historique d’Agoué. La communauté souligne qu’Agoué figure parmi les quatre-vingts chefferies supérieures reconnues en République du Bénin par la loi n° 2025-09 du 13 mars 2025. Elle rappelle que la désignation d’une telle autorité répond à des usages anciens et ne saurait résulter de la seule décision d’un regroupement familial.
De plus, la CNPG-Bénin conteste l’appellation « Agoué-Adjigo », affirmant qu’elle ne repose sur aucun fondement historique ni administratif officiel dans la commune de Grand-Popo.
Pour appuyer sa position, Sa Majesté Clément Sossa Folly-Awon met en avant des repères historiques documentés. Les récits et traditions orales rappellent que le royaume d’Agoué a été fondé par le Roi Folly-Awon, petit-fils de Folly-Bébé et d’Assiongbon Dandjin. Les Adjigo, quant à eux, ont été accueillis sur ces terres en 1821 après avoir fui des conflits internes à Aného. Blessé, leur cinquième chef de collectivité, Comlangan, a été reçu par le roi Folly-Awon avant de décéder trois mois plus tard. C’est à la suite de ces événements qu’une portion de terre située derrière le palais royal de Folly-Comey a été attribuée à son fils Cataria, dit « Apètovi ». Fort de cet héritage, la CNPG-Bénin estime que les descendants d’installations ultérieures ne disposent pas de la légitimité coutumière pour régir la chefferie supérieure de la cité.
Outre les éléments dynastiques, la communauté rappelle le rôle pionnier d’Agoué dans l’histoire nationale. Considérée comme l’un des premiers points d’ancrage du Dahomey, la cité a abrité la première église catholique de la sous-région en 1835, ainsi que la première école, la première police et la première douane de l’ancien territoire. Elle abrite également la célébration traditionnelle du Yéké Yéké, événement culturel vieux de plus de 360 ans. Face aux risques de tensions locales et d’affrontements sur le terrain, le Roi des GUIN du Bénin demande l’intervention des autorités gouvernementales afin d’interdire tout rassemblement susceptible de troubler l’ordre public et de garantir que toute démarche relative à la chefferie respecte strictement le cadre légal et les traditions établies.
« D’une part, notre démarche est exclusivement motivée par notre volonté de préserver l’histoire du peuple Guin, de protéger le patrimoine culturel d’Agoué et de veiller au respect des institutions traditionnelles héritées de nos ancêtres. Et d’autre part, que des instructions soient données par vos soins afin que tout regroupement des individus concernés, susceptible de générer de troubles à l’ordre public, pour cause d’affrontements sur le terrain, soit interdit. En conséquence, nous sollicitons respectueusement votre intervention afin que toute initiative relative à la chefferie supérieure d’Agoué s’inscrive dans le respect de la législation en vigueur, des traditions établies et des procédures coutumières reconnues », lit-on dans chacune des lettres adressées aux ministres.


