L’avènement des indépendances dans les années 60 a donné une nouvelle dimension à la gouvernance en Afrique. La gouvernance traditionnelle a fait le lit à un système plus démocratique. En dépit de ces profondes mutations, la gestion démocratique demeure dans un état grabataire. Plusieurs réalités contredisent le concept de la démocratie, qu’Abraham Lincoln définit comme « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». La démocratie apparaît donc comme un système politique à travers lequel le peuple exerce son pouvoir de manière directe ou par l’intermédiaire de représentants. Dès lors, quels sont les défis auxquels fait face l’exercice de la démocratie en Afrique et quelles stratégies mettre en œuvre pour jouir d’une démocratie effective ?
I- Principes et acquis de la démocratie en Afrique
Plusieurs principes découlent de la démocratie : l’égalité et les droits de la personne, les élections justes et équitables, la responsabilité et la transparence, la règle de droit et la participation citoyenne (studentvote.ca). Ainsi, les libertés individuelles doivent être au cœur de tout système démocratique.
Depuis la vague des indépendances autour de 1960, plusieurs pays africains ont vu leur gestion s’améliorer. “L’instauration de la démocratie a confirmé l’universalité des principes démocratiques tels que le suffrage universel et la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice la garantie des libertés d’expression et du respect des droits de l’homme” (fr.scribd.com, Démocratie en Afrique : succès et défis). De ce fait, des élections présidentielles, législatives, municipales et locales sont organisées de façon périodique dans plusieurs pays d’Afrique, preuve tangible d’une réelle démocratie.
Il- Les enjeux démocratiques en Afrique
Les transformations enregistrées dans quelques pays d’Afrique ne sauraient masquer les nombreuses failles du système démocratique sur le continent. En effet, les nations africaines souffrent encore de certains maux qui vont à l’encontre de la définition et des principes de la démocratie. Ces problèmes sont de plusieurs ordres. Au plan politique, l’alternance n’est pas toujours respectée. La fréquence des réélections présidentielles au Cameroun depuis 1988 est très illustrative à propos. De plus, les traditions africaines étouffent parfois le nouveau mode de gestion du continent. Le choix des dirigeants est souvent motivé par des intérêts religieux ou ethniques, conduisant ainsi à la nomination de personnes inexpérimentées.
D’autres problèmes politiques sont l’absence de séparation des pouvoirs et le manque de liberté de la presse. En réalité, dans plusieurs pays d’Afrique, le judiciaire est manipulé par l’exécutif, pendant que les dirigeants musèlent la presse, quatrième pouvoir. Les médias publics sont censurés et des journalistes sont emprisonnés, voire assassinés pour avoir révélé les abus de certains dirigeants. Dans une dimension économique, le continent fait encore face à de nombreux cas de corruption et de détournement de fonds qui bafouent le principe d’égalité. BBC News rapporte que plus de 40 employés ont été licenciés pour des faits présumés de corruption et de malversations financières au cours des trois dernières années. En outre, les résultats de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2025 de Transparency International ne classent qu’une dizaine de pays au-dessus de la moyenne internationale. Les pays tels que la Somalie, la Guinée équatoriale, la Libye et le Soudan du Sud occupent les derniers rangs.
Par ailleurs, les pays africains sont parfois surendettés vis-à-vis de leurs partenaires internationaux. L’Agence Française de Développement (AFD) indique que les pays exportateurs comme l’Angola, la République Démocratique du Congo et la Guinée équatoriale ont été pénalisés par la baisse du prix des matières premières, notamment le pétrole. Elle ajoute que la pandémie de COVID-19 a contribué au marasme économique de plusieurs pays d’Afrique, en raison de la crise économique et des dépenses supplémentaires pour financer les systèmes de santé et les programmes de relance économique. Un tel endettement expose les pays à l’inflation, à la hausse des taux d’intérêt et à la diminution des investissements privés. À la dette extérieure s’ajoute la mauvaise gestion des ressources étatiques qui servent majoritairement à l’élaboration d’édifices et aux intérêts personnels de certains dirigeants, au détriment des secteurs porteurs d’avenir comme l’éducation, le tourisme et la santé.
Au plan social, les jeunes sont souvent exclus de la vie politique, au profit de dirigeants plus âgés. Autant de réalités qui perturbent la gouvernance démocratique en Afrique.
III- Les solutions pour une démocratie effective
Face à l’ampleur de la mal gouvernance démocratique en Afrique, il urge d’adopter des mesures idoines. Dans une dimension sociale, la jeunesse africaine doit montrer plus d’intérêt à la vie politique, notamment à travers le vote et l’appartenance à un parti politique. L’inclusion féminine n’est pas à omettre pour atteindre la démocratie. Les candidatures aux élections et les postes de responsabilité prendront en compte la gente féminine.
Aussi, les responsables à divers niveaux devront favoriser l’implication citoyenne, sans laquelle démocratie et équité ne seraient que vains mots. En considérant le problème sous sa dimension politique, les autorités étatiques ont la responsabilité de favoriser le pluralisme politique. Elles doivent également promouvoir la liberté de la presse à travers un financement équitable des médias et la protection civile des acteurs du domaine médiatique. De plus, les élections seront organisées de manière transparente, sans influence ni pression politique. L’application de ces mesures permettra à l’Afrique d’exercer sa démocratie sur long terme.
La gouvernance démocratique sur le continent africain a enregistré quelques succès depuis l’accession à l’indépendance. Ces performances sont malheureusement minimes, au vu des tares qui caractérisent la gestion des pays africains à l’ère du renouveau démocratique. La démocratie dépasse la simple dimension des élections libres et transparentes. Elle consacre l’entente et l’équité entre dirigeants et dirigés. De nombreux faits prouvent qu’à l’ère contemporaine, la souveraineté du peuple et le respect des droits de l’homme demeurent des idéaux à atteindre, des utopies. Toutefois, grâce à des solutions appropriées, une bonne gouvernance démocratique est envisageable sur le continent noir. Ainsi, les générations futures pourront évoluer dans un climat de confiance et de respect mutuel.
Immaculée ASSOGBA (Stag)

